Carrefour déploie massivement le paiement par reconnaissance faciale en Chine

 

À l’occasion de la conférence China Connect, qui s’est déroulée les 12 et 13 mars derniers à Paris, Carrefour a annoncé étendre le déploiement du paiement par reconnaissance faciale à l’ensemble de ses hypermarchés en Chine.

Pour se démarquer sur un marché chinois hyper concurrentiel, les entreprises sont à l’affut de nouvelles opportunités et se tournent souvent vers les avancées technologiques.

Revenons sur cet ambitieux projet qui a débuté il y a un an en Chine.

 

 

“Le Marché” : premier point de vente connecté de Carrefour à Shanghaï depuis mai 2018 !

 

En mai dernier, Carrefour inaugurait le paiement par reconnaissance faciale dans l’un de ses supermarchés en Chine.

En partenariat avec le groupe Tencent, spécialisé dans les services internet et mobile, et via l’application WeChat (Tencent Holdings), le dispositif avait été installé dans le premier point de vente connecté de la marque à Shanghaï, nommé « Le Marché ».

Face au succès rencontré, Carrefour a décidé de déployer son paiement par reconnaissance faciale à l’ensemble de ses points de vente en Chine, soit dans 210 hypermarchés.

Dans un premier temps, la moitié de ses hypermarchés seront équipés de ce nouveau dispositif, avant un déploiement complet prévu d’ici deux mois, soit fin avril ou début mai 2019.

 

 

Concrètement, comment ça marche ?

 

 

Lors de leur passage en caisse, une fois l’ensemble de leurs articles scannés, les clients n’ont plus qu’à placer leur visage devant un écran dédié à la reconnaissance.

Sur ce dernier, les clients tapent alors uniquement les quatre derniers chiffres de leur numéro de téléphone mobile, celui-ci devant être rattaché à leur compte WeChat Pay.

Leur visage est ensuite automatiquement scanné et, s’il est reconnu, le paiement est alors validé.

 

 

Pour le moment, ce dispositif de reconnaissance faciale ne fonctionne que pour les nationaux chinois possédant une carte d’identité chinoise.

Pour utiliser le service, les utilisateurs n’ont qu’à scanner leur carte d’identité dans l’application WeChat et leur photo s’enregistrera automatiquement, permettant ainsi de mettre en place la reconnaissance faciale.

Lors du passage en caisse, l’hypermarché recevra de son côté la photo du client et la comparera au visage de la personne en caisse.

Avec le principe « Scan and Go », les clients auront également la possibilité de scanner eux-mêmes leurs articles grâce à leur smartphone et paieront directement grâce à WeChat.

Bien entendu de nombreuses caméras seront déployées dans les magasins pour s’assurer de la bonne conduite des clients.

 

 

Révolution du paiement, mais aussi de la promotion ?

 

Au-delà de ce système de paiement innovant, Carrefour compte bien tirer profit au maximum de ces technologies.

En effet, toujours grâce à l’application WeChat, l’enseigne peut lancer beaucoup plus rapidement et simplement des campagnes “Drive to store” grâce à la géo-localisation, mais aussi des opérations de coupons de réduction dématérialisés via la messagerie de l’application.

Pour rappel, les campagnes « Drive-to-store » sont des campagnes de promotions, on-line ou off-line, visant à augmenter le trafic (c’est-à-dire à se faire déplacer (drive) le plus grands nombres de clients et clients potentiels) directement dans un magasin physique (store), en l’occurrence ici dans tel ou tel hypermarché Carrefour.

Les coupons peuvent ensuite être partagés, toujours via la messagerie WeChat, avec de la famille, des amis et des proches.

D’après les chiffres dévoilés, près de 7 millions de coupons ont été partagés dans la messagerie entre utilisateurs clients ou non de Carrefour durant les six derniers mois de 2018.

 

WeChat : la force de frappe du réseau social chinois !

 

Pour rappel, WeChat est LA plateforme sociale en Chine.

Conçue à la base comme une simple application de messagerie en Chine, WeChat intègre aujourd’hui bien d’autres fonctions, comme les réseaux sociaux, des services de réservation de billets, de livraison de nourriture ou encore, justement, de paiements par carte de crédit.

D’après les nouveaux chiffres dévoilés en janvier 2019, la plateforme a d’ailleurs franchi la barre symbolique du milliard d’utilisateurs actifs quotidien.

Une force de frappe considérable, qui s’explique notamment par des réglementations favorables appliquées par le gouvernement chinois à son encontre, alors que ce dernier a complètement bloqué l’utilisation de nombreuses autres applications de messagerie et de médias sociaux, à l’image de Facebook, banni de la Chine depuis 2009.

Rien de plus logique donc pour Carrefour que d’utiliser ce levier incroyable. L’enseigne s’en sert d’ailleurs déjà pour présenter ses produits, ses événements ou encore pour réaliser de la publicité on-line.

Carrefour a également précisé qu’en août 2018, les paiements mobiles via WeChat, proposés depuis 2015 par la marque, représentaient presque un tiers (30%) de l’ensemble des paiements effectués.

 

 

Vers une diminution du personnel…

 

Avec ce nouveau principe, une diminution du personnel des hypermarchés serait à prévoir, même si Nathalie Yu, présidente de Carrefour Chine, se veut rassurante en précisant que les caissières seraient à terme sûrement reconverties pour venir en aide aux clients avec ces nouveaux outils technologiques.

En effet, après plusieurs enquêtes de satisfaction, il s’avère que les clients chinois ont tendance à préférer réaliser eux-mêmes leur encaissement, mais parmi eux de nombreuses personnes pourraient avoir besoin d’aide au moment de passer en caisse et de payer grâce à la reconnaissance faciale.

 

 

Un système duplicable en France ?

 

Oui et non ! Pour répondre à cette question, il faut s’intéresser à la perception et à l’adoption ou non de la reconnaissance faciale dans le reste du monde.

Oui : car, technologiquement parlant, cela est déjà possible.

La France, comme la plupart des pays, dispose des outils et des ressources nécessaires pour mettre en place ce type de système, surtout si de gros acteurs des marchés, comme peut l’être Carrefour, agissent dans ce sens.

Non : car au-delà du système de paiement, cela pose énormément de réflexion quant à la collecte et à l’utilisation de nos données personnelles, et par extension à notre liberté.

Ces dernières années, la reconnaissance faciale s’est considérablement développée, notamment grâce aux avancées du machine learning (“apprentissage automatique”), permettant la conception de logiciels plus puissants, capables de scanner les traits distinctifs du visage, avec un taux de réussite bien supérieur à ce que pouvaient faire les technologies disponibles jusqu’à présent.

Avec ces logiciels, et comme dans tout système informatique, le visage se transforme alors en ligne de code, comme un code-barres, que les caméras n’ont plus qu’à scanner de manière automatique, et, c’est là que qu’un problème se pose, sans notre consentement et sans qu’on sache où sont stockées ces fameuses données nous concernant.

En Chine, le traitement des données fonctionne différemment.

Les utilisateurs laissent beaucoup plus facilement leurs informations car ils sont habitués à ce que toutes leurs applications fonctionnent de la sorte.

Tencent a ouvertement précisé que toutes les informations présentes sur la messagerie étaient mises à disposition du gouvernement chinois si celui-ci en avait besoin.

Les réticences à l’arrivée du paiement par reconnaissance faciale étaient donc minimes dans ce pays, contrairement aux craintes encore trop fortement présentes dans l’Hexagone, mais également en Europe.

 

 

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